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Bangladesh : Intimidation et fausses accusations à l'encontre de la défenseuse des droits humains Rani Yan Yan

Statut: 
Diffamation
À propos de la situation

Le 6 avril 2026, la juge du district de Rangamati, agissant sur instruction du ministère de l'Intérieur, a adressé une lettre d'avertissement officielle à la défenseuse des droits humains Rani Yan Yan, l'accusant de diffuser des informations fausses et trompeuses à l'encontre du gouvernement et de l'armée. L'avocat de Rani Yan Yan a rejeté ces accusations et demandé le retrait de la lettre, faisant valoir que sa large diffusion porte atteinte à sa réputation et à sa crédibilité, et compromet son travail en tant que défenseuse des droits humains.

À propos de Rani Yan Yan

Rani Yan Yanest une défenseuse des droits humains et militante pour les droits des peuples autochtones, basée à Rangamati, dans la région des Chittagong Hill Tracts (CHT), au Bangladesh. Elle occupe le poste de Chakma Rani (reine) et exerce les fonctions de conseillère auprès du Chakma Circle Chief. Depuis une dizaine d'années, son engagement se concentre sur la consolidation des mouvements, l'autonomisation des femmes et des jeunes autochtones dans les CHT, ainsi que sur la défense de la justice, de l'équité et de l'inclusion aux niveaux local, national et international. En reconnaissance de son engagement, de son courage et de ses efforts pour protéger et défendre les droits des populations marginalisées, elle a reçu le Global Anti-racism Champions Award 2023 et a été sélectionnée parmi les finalistes du Women Building Peace award en 2021. Elle a également reçu les prestigieuses bourses « Distinguished Humphrey Fellowship » et « Canberra Fellowship ».

29 Avril 2026
Bangladesh : Intimidation et fausses accusations à l'encontre de la défenseuse des droits humains Rani Yan Yan

Le 6 avril 2026, la juge du district de Rangamati, agissant sur instruction du ministère de l'Intérieur, a adressé une lettre d'avertissement officielle à la défenseuse des droits humains Rani Yan Yan, l'accusant de diffuser des informations fausses et trompeuses à l'encontre du gouvernement et de l'armée. L'avocat de Rani Yan Yan a rejeté ces accusations et demandé le retrait de la lettre, faisant valoir que sa large diffusion porte atteinte à sa réputation et à sa crédibilité, et compromet son travail en tant que défenseuse des droits humains.

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Rani Yan Yan est une défenseuse des droits humains et militante pour les droits des peuples autochtones, basée à Rangamati, dans la région des Chittagong Hill Tracts (CHT), au Bangladesh. Elle occupe le poste de Chakma Rani (reine) et exerce les fonctions de conseillère auprès du Chakma Circle Chief. Depuis une dizaine d'années, son engagement se concentre sur la consolidation des mouvements, l'autonomisation des femmes et des jeunes autochtones dans les CHT, ainsi que sur la défense de la justice, de l'équité et de l'inclusion aux niveaux local, national et international. En reconnaissance de son engagement, de son courage et de ses efforts pour protéger et défendre les droits des populations marginalisées, elle a reçu le Global Anti-racism Champions Award 2023 et a été sélectionnée parmi les finalistes du Women Building Peace award en 2021. Elle a également reçu les prestigieuses bourses « Distinguished Humphrey Fellowship » et « Canberra Fellowship ».

Le 6 avril 2026, Nazma Ashrafi, commissaire adjointe et juge du district de Rangamati, a, sur instruction du ministère de l'Intérieur, adressé une lettre d'avertissement officielle à Rani Yan Yan et l'a transmise à plusieurs services administratifs. La lettre reprochait à Rani Yan Yan de mener une campagne de propagande à l'échelle internationale en formulant des « allégations fausses et trompeuses » à l'encontre du gouvernement du Bangladesh et de l'armée bangladaise, et de chercher à rallier les membres de différentes organisations autochtones des CHT. La lettre la mettait également en garde contre le fait que ses activités « risquaient d'aggraver la situation » dans les CHT et lui enjoignait de respecter scrupuleusement la loi. Cependant, la lettre ne cite aucune déclaration ni aucun acte précis que Rani Yan Yan aurait commis pour justifier ces accusations.

Le 24 avril 2026, Sara Hossain, l'avocate de Rani Yan Yan, a adressé une réponse écrite officielle à la juge du district de Rangamati au nom de la défenseuse des droits humains, rejetant les accusations contenues dans la lettre, qu'elle qualifie de « vagues, imprécises et sans fondement », et demandant leur retrait, leur annulation ou leur abrogation immédiats. Dans sa réponse, elle demandait également des éclaircissements sur la base juridique justifiant l'envoi de cette lettre et sa diffusion auprès de plusieurs services gouvernementaux, soulignant que la large diffusion de ce document avait gravement porté atteinte à la réputation de Rani Yan Yan et constituait donc une diffamation.

Interrogée par les médias, la commissaire adjointe du district de Rangamati a confirmé avoir envoyé cette lettre sur instruction du ministère de l'Intérieur et a conseillé aux militants des droits humains de saisir directement le ministère à ce sujet. Les défenseur⸱ses des droits humains et les acteurs de la société civile au Bangladesh condamnent cette lettre, y voyant une tentative de restreindre la liberté d'expression et de faire taire les actions légitimes en faveur des droits humains, notamment en ce qui concerne les CHT.

Rani Yan Yan a déjà été prise pour cible à cause de son travail de défense des droits humains. Le 15 février 2018, elle a été agressée physiquement par des membres des forces de l'ordre à l'hôpital de Rangamati Sadar alors qu'elle apportait son soutien à deux sœurs Marma, une mineure et une adulte, qui avaient été agressées sexuellement par des gardes-frontières. Front Line Defenders avait documenté et condamné cette agression à l'époque. Cet incident fait partie d’un schéma de harcèlement, d'intimidation et d'entrave à l'action des défenseur⸱ses des droits humains qui œuvrent en faveur des droits des peuples autochtones au Bangladesh.

Front Line Defenders estime que cette lettre d'avertissement est directement liée à l'action légitime et pacifique menée par Rani Yan Yan en faveur des droits des peuples autochtones et des femmes dans les Chittagong Hill Tracts. Ces accusations sont infondées, et la large diffusion de cette lettre auprès de plusieurs administrations publiques constitue un acte d'intimidation et de diffamation visant à faire taire son action militante aux niveaux local, national et international.

Front Line Defenders appelle les autorités du Bangladesh à :

  1. Retirer, annuler ou révoquer immédiatement la lettre d'avertissement adressée à Rani Yan Yan le 6 avril 2026, et fournir une explication détaillée quant au fondement juridique sur lesquels cette lettre a été émise et diffusée à divers services gouvernementaux ;
  2. Mettre fin à toutes les formes de harcèlement et d'intimidation à l'encontre de Rani Yan Yan, et prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir son intégrité physique et psychologique ainsi que sa sécurité ;
  3. Garantir qu’en toutes circonstances, tous les défenseur·ses des droits humains au Bangladesh, en particulier celles et ceux qui défendent les droits des populations autochtones dans les Chittagong Hill Tracts, puissent mener à bien leurs actions légitimes en faveur des droits humains, sans craindre ni restrictions ni représailles.