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5 Mai 2026

Burkina Faso: la dissolution de 118 organisations de la société civile au Burkina Faso accroît les risques pour les défenseurs des droits humains

Front Line Defenders exprime sa profonde préoccupation suite au communiqué publié le 15 avril 2026 par le ministre de l'Administration territoriale et de la Mobilité, annonçant la dissolution massive d'organisations de la société civile au Burkina Faso. Le communiqué N° 2026-169/MATM/CAB indique que 118 organisations de la société civile burkinabè sont désormais « réputées dissoutes ». Cette décision, présentée comme une application de la loi n° 011-2025/ALT du 17 juillet 2025 relative à la liberté d’association, soulève de graves préoccupations quant au respect de la liberté d’association et à la protection des défenseurs des droits humains au Burkina Faso. En privant un grand nombre d’organisations de leur existence légale, elle risque de restreindre considérablement l’espace civique, d’entraver le travail légitime en faveur des droits humains et d’exposer davantage les acteurs de la société civile à des risques accrus de harcèlement, de criminalisation et de représailles.

D'après les informations disponibles, une large majorité des organisations "réputées dissoutes", soit environ quatre-vingts, œuvraient principalement à la promotion et à la protection des droits de l'homme, notamment les droits civils et politiques, les droits des femmes et des enfants, ainsi que la gouvernance démocratique, et avaient pour la plupart leur siège à Ouagadougou, la capitale. Plusieurs organisations étaient actives depuis les années 1990 et 2000, constituant ainsi un tissu associatif ancré dans la durée. Le communiqué précise en outre que ces associations « se voient interdire toute activité sur l’ensemble du territoire national » et que « toute infraction sera passible des sanctions prévues par la réglementation en vigueur ». Aucune procédure contradictoire, notification individuelle ou voie de recours n’est mentionnée.

Le 21 avril 2026, le gouvernement du Burkina Faso a suspendu 359 associations supplémentaires pour des motifs similaires, notamment pour ne pas avoir renouvelé leurs organes dirigeants conformément à leurs statuts, à leurs règlements intérieurs et à la législation en vigueur. Cela démontre clairement que la dissolution des 118 organisations n’est pas une mesure isolée, mais s’inscrit plutôt dans le cadre d’une opération plus large visant à contrôler le secteur associatif. Dès 2025, l’Assemblée législative de transition (ALT), un organe non élu, a adopté la loi n° 011-2025/ALT du 17 juillet, abrogeant la loi n° 064-2015/CNT, qui régissait auparavant la liberté d’association au Burkina Faso. Cette nouvelle loi, promulguée par décret de l’actuel président du pays, le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en septembre 2022, impose à toutes les associations existantes de se conformer à ses dispositions dans un délai d’un an.

Selon les informations et les rapports fournis par les partenaires locaux de Front Line Defenders, ce nouveau cadre juridique s’avère nettement plus répressif : il renforce les exigences administratives, durcit le contrôle des financements et étend les pouvoirs de sanction des autorités. Ce durcissement affecte déjà la capacité opérationnelle des organisations de la société civile, exposant leurs activités à des restrictions accrues, voire à une dissolution sur la base de motifs juridiques susceptibles d’être instrumentalisés.

Dans un contexte déjà marqué par des restrictions croissantes des libertés fondamentales, l'espace civique continue de se rétrécir, comme en témoignent la suspension de médias, l'expulsion de journalistes étrangers, l'arrestation de défenseurs des droits humains et l'interdiction de diverses organisations internationales.

La dissolution de 118 organisations de la société civile au Burkina Faso a déjà un effet dissuasif sur le travail des défenseurs des droits de l'homme, compromettant ainsi leur capacité à agir librement, notamment lorsqu'il s'agit de documenter les violations des droits de l'homme.

Front Line Defenders estime que la portée de cette décision va bien au-delà d’une simple conformité administrative. Elle constitue un outil de contrôle politique sur l’espace civique. Pourtant, le Burkina Faso est partie à plusieurs instruments régionaux et internationaux, dont la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, une norme universelle qui affirme que les États ont l’obligation de protéger les personnes et les groupes qui défendent les droits de l’homme et de veiller à ce qu’ils puissent mener leurs activités sans entrave.

Front Line Defenders appelle les autorités du Burkina Faso à revenir immédiatement sur la décision de dissoudre les 118 organisations et à autoriser la reprise de leurs activités, tout en veillant à ce que les défenseurs des droits humains au Burkina Faso puissent mener à bien leur travail librement et sans crainte de représailles.

F ront Line Defenders reste en contact étroit avec les défenseurs des droits humains au Burkina Faso et tient à leur exprimer sa solidarité inconditionnelle en cette période particulièrement difficile. L'organisation réitère également son engagement à continuer de documenter la situation des défenseurs des droits humains dans le pays et à plaider auprès des mécanismes régionaux et internationaux compétents pour assurer leur protection.