Face à l'autoritarisme et à la violence : nous réaffirmons notre engagement en faveur des droits humains
Des organisations de défense des droits humains, des réseaux et des défenseur⸱ses des droits humains se sont réunis à l'occasion des « Dialogues sur la protection : Corps, territoire et souveraineté » dans le cadre de la Rencontre latino-américaine, ils alertent sur la situation grave à laquelle la région est confrontée et sur la nécessité urgente de renforcer la protection de celles et ceux qui défendent les droits.
Amérique Latine, 2 juillet 2026. La situation dans notre région est critique. Nous traversons actuellement une profonde reconfiguration du pouvoir, marquée par l'affaiblissement et le démantèlement des institutions démocratiques ainsi que par un recul des garanties en matière de droits humains. La convergence des intérêts entre les secteurs publics, les industries extractives, les géants de la technologie et les réseaux du crime organisé facilite la mainmise sur les institutions, accentue la polarisation sociale et réduit la marge de manœuvre dont disposent les citoyens pour participer aux processus décisionnels publics sans craindre de représailles.
Diverses formes d'autoritarisme gagnent rapidement du terrain dans toute l'Amérique latine. En conséquence, le consensus démocratique s'érode, tandis que le pouvoir se concentre de plus en plus entre les mains d'une poignée d'individus ; l'interventionnisme et la militarisation s'imposent à nos corps et à nos territoires par le recours abusif à la force et le recours disproportionné à l'état d'urgence. Parallèlement, les États ont recours à des cadres juridiques pour privilégier les intérêts économiques et ceux des entreprises au détriment de nos droits fondamentaux.
La mise en œuvre d'un modèle de développement fondé sur l'extractivisme aggrave les conflits sociaux et territoriaux dans la région, dans la mesure où elle subordonne la protection de la vie, des territoires et des biens communs à des intérêts économiques à court terme. L'expansion des projets miniers, énergétiques, agro-industriels et d'infrastructure est, dans de nombreux cas, imposée sans garantir le droit individuel et collectif à une consultation libre, préalable et éclairée, et sans le consentement des peuples et des communautés concernés.
Cette imposition de la spoliation et de l'occupation est incompatible avec les modes locaux d'organisation, les systèmes de gouvernance propres à ces populations et les visions d'avenir, et a des répercussions disproportionnées sur les femmes, les peuples autochtones, les communautés d'ascendance africaine, les communautés paysannes et les personnes LGBTIQ+, qui doivent faire face à des charges plus lourdes en matière de soins, de discrimination et de violence.
Dans ce contexte, la défense des droits humains et des droits de la nature en Amérique latine reste une activité à haut risque. Cette région est encore la plus meurtrière au monde pour celles et ceux qui jouent ce rôle. Rien qu'en 2025, 274 défenseurs des droits humains ont été assassinés, principalement en Colombie, puis au Mexique et au Brésil, selon l'organisation internationale Front Line Defenders.
Les agressions dont nous sommes victimes mettent en évidence un réseau de violence qui mêle surveillance, campagnes de dénigrement, menaces, harcèlement, criminalisation et poursuites judiciaires, alimenté par l'impunité avec laquelle les États réagissent aux risques auxquels nous sommes confrontés. Au lieu de garantir notre protection, les lois et les institutions sont souvent utilisées pour entraver l'action de celles et ceux qui défendent la terre, le territoire, l'environnement et les droits humains. À cela s'ajoute la prolifération des campagnes de désinformation et des discours de haine, relayés par des acteurs étatiques, des entreprises et d'autres groupes influents, qui ont un impact direct sur notre sécurité, notre intégrité et notre légitimité.
Ces attaques n'affectent pas seulement notre corps et notre spiritualité, mais font également peser le risque de pertes irréversibles pour la biodiversité et les biens communs. La pollution de l'eau, de l'air et des sols ; la déforestation ; la dégradation des écosystèmes ; la disparition d'espèces ; la spoliation des territoires ; les déplacements forcés de communautés ; la perturbation des moyens de subsistance ; et l'effondrement du tissu social et culturel – tout cela n'affecte pas seulement ceux d'entre nous qui défendent les droits humains et l'environnement, mais cela met également en péril l'équilibre écologique et notre avenir en tant qu'humanité.
Face à cette situation, nous lançons l'appel suivant :
- À l'issue de cette Rencontre latino-américaine, nous réaffirmons notre engagement sans faille pour soutenir les communautés et les défenseur⸱ses des droits humains qui résistent pour défendre leurs territoires, et pour renforcer la coordination régionale face à l'autoritarisme, à la violence, à la spoliation et au rétrécissement de l'espace civique.
- Nous appelons la société dans son ensemble à renforcer sa solidarité et son soutien envers les personnes, les organisations et les communautés qui défendent les droits humains, les territoires et les biens communs, face à la montée des tendances autoritaires et anti-droits dans la région.
- Nous appelons les États à garantir, conformément à leurs obligations internationales, un environnement sûr et propice pour exercer son droit de défendre les droits humains ; à respecter, protéger et garantir le travail des défenseur⸱ses des droits humains ; à s’abstenir de toute action entravant ou criminalisant ce travail ; et à abroger les cadres réglementaires qui restreignent l’espace civique et limitent l’exercice de ce droit.
- Les institutions chargées de la protection des défenseur⸱ses des droits humains sont encouragées à s'acquitter pleinement de leur mandat en adoptant des approches territoriales, intersectionnelles, sensibles au genre et interculturelles, élaborées en concertation et dans le cadre d'un dialogue permanent avec les personnes et les communautés concernées.
- Nous appelons la communauté internationale à maintenir et à renforcer son soutien politique, technique et financier, ainsi que le suivi de la situation des défenseur⸱ses des droits humains, face à l'aggravation des risques et aux tendances régressives qui pèsent sur la région.
- Nous n'accepterons pas que la persécution, la criminalisation, l'exil ou la mort soient le prix à payer pour la défense des droits humains ni que le démantèlement de l'état de droit soit justifié au nom de la sécurité ou du développement. Tant que ces garanties seront menacées et que les communautés continueront à résister, nous continuerons à défendre la vie, les territoires, la démocratie et la dignité humaine.
Signataires :
Argentine
Asamblea de Vecinos Autoconvocados de Uspallata - Agrupación de Presos Políticos por Defender el Agua de Mendoza
Bolivie
- Coordinadora Nacional en Defensa de Territorios Indígena Originarios Campesinos y Áreas Protegidas (CONTIOCAP)
- Asociación de Pueblos Indígena Originario Campesinos QHANA PUKARA KURMI Bolivia
- Centro de Documentación e Información Bolivia (CEDIB)
Brésil
- Justiça Global- Movimento Nacional de Direitos Humanos - MNDH
- Sociedade Maranhense de Direitos Humanos - SMDH
Chili
- Fundación Enraizar- Fundación Escazú Ahora Chile
- Fundación Protege Los Molles
Colombie
- Asociación Comunitaria de Víctimas de Defensa Derecho humano de Corozal
- Asociación de Cabildos Indígenas del Norte del Cauca
- Coordinación Colombia Europa Estados Unidos (CCEEU)
- Corporación Colectivo Ansur
- Corporación Jurídica Libertad
- Corporación Semillas de Agua
- Programa Somos Defensores (PSD)
- Comunidades Construyendo Paz en Colombia (CONPAZCOL)
- Corporación Claretiana
Equateur
- Alianza de organizaciones por los Derechos Humanos - Ecuador
- Amazon Frontlines (Amazonic regions in en Ecuador, Colombia y Perú)
- Comité Permanente por la Defensa de los Derechos Humanos
- FIAN Ecuador
- Fundación Regional de Asesoría en Derechos Humanos (INREDH)
Guatemala
- Asociación Grupo Integral de Mujeres Sanjuaneras (AGIMS)
- Comité de Unidad Campesina (CUC)
- Unidad de Protección a Defensoras y Defensores de Derechos Humanos Guatemala (UDEFEGUA)
Honduras
- Alternativa de Reivindicación Comunitaria y Ambientalista de Honduras (ARCAH)
- Asociación de Comités Agroecológicos del sur de Honduras (ACESH)
Mexique
- Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de Las Casas
- Movimiento por la defensa de los bosques y cuencas de agua de Tancitaro (Modebocum)
- Consorcio para el diálogo parlamentario y la equidad Oaxaca
- Espacio de Organizaciones de la Sociedad Civil para la Protección de Personas Defensoras de Derechos Humanos y Periodistas (Espacio OSC). Las organizaciones que integran el Espacio OSC: ARTICLE 19 México y Centroamérica; Casa del Migrante Saltillo; Centro de Derechos Humanos de la Montaña Tlachinollan; Centro de Derechos Humanos Zeferino Ladrillero (CDHZL); Centro Mexicano de Derecho Ambiental (CEMDA); Centro Nacional de Comunicación Social (Cencos); Comunicación e Información de la Mujer A.C. (CIMAC); Consorcio para el Diálogo Parlamentario y la Equidad Oaxaca (Consorcio Oaxaca); Instituto de Derecho Ambiental (IDEA); Iniciativa Sinaloa; Red Nacional de Organismos Civiles de Derechos Humanos Todos los Derechos para Todas, Todos y todes (RedTDT); SMR: Scalabrinianas, Misión con Migrantes y Refugiados; Servicios y Asesoría para la Paz (Serapaz), Proyecto de Derechos Económicos Sociales y Culturales (PRODESC). El Espacio OSC está acompañado por Brigadas Internacionales de Paz (PBI) – Proyecto MéxicoRed Nacional de Organismos Civiles de Derechos Humanos "Todos los Derechos para Todas, Todos y Todes" (Red TDT)
Paraguay
- Asociación Callescuela- Coordinadora de Derechos Humanos del Paraguay (Codehupy)
- Servicio Paz y Justicia - Paraguay (SERPAJ-PY)
Pérou
- Red Muqui
Organisations internationales solidaires
- Movimiento Sueco por la Reconciliación, SweFOR - Programa Servicio de Paz
- Civil Rights Defenders
- Front Line Defenders (FLD)
- Global Witness- Protección International
- Mesoamerica- Peace Brigades International (PBI)
