Lettre ouverte conjointe à propos des droits humains en Chine à la veille de la visite de députés européens
Chers députés,
À l’approche de votre prochaine visite en Chine, nous vous invitons à placer les droits humains au cœur de vos échanges avec vos homologues chinois.
Nos organisations appellent depuis longtemps les décideurs européens à aller au-delà des simples déclarations d'intention pour s'attaquer de manière concrète à la crise des droits humains qui affecte la population chinoise et à prendre des mesures concrètes afin d'y remédier.1 En effet, nous croyons en l'universalité des droits humains et aux engagements pris par l'Union européenne (UE) à ce sujet, tant envers la communauté internationale qu'envers ses propres citoyens. Pourtant, nous constatons régulièrement que le volet « droits humains » dans les relations entre l'UE et la Chine est relégué au second plan et ne bénéficie pas de la même détermination que celle dont font l'objet la sécurité, le commerce et d'autres domaines de l'action extérieure de l'UE.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping en 2012, les autorités chinoises ont lancé une offensive généralisée contre les droits humains, marquée par des détentions arbitraires à grande échelle, l'assimilation forcée, le travail forcé et la torture ; ainsi qu’une répression transnationale hors du pays, y compris en Europe – le tout en toute impunité, car rares sont les responsables chinois qui sont tenus pour responsables de ces graves violations.
Les autorités chinoises exercent un contrôle acharné sur l'information et le débat public, répriment la dissidence et les rassemblements pacifiques, surveillent les défenseur⸱ses des droits humains et d'autres acteurs de la société civile, et poursuivent en justice un grand nombre d'entre eux en vertu de dispositions vagues relatives à la sécurité nationale. Les groupes qui disposaient auparavant d'une certaine marge de manœuvre – tels que les féministes et les membres de la communauté LGBTI – sont désormais confrontés à des restrictions supplémentaires et à des sanctions plus sévères. Non seulement les autorités chinoises refusent de respecter bon nombre des obligations internationales du pays en matière de droits humains, mais elles cherchent également à redéfinir les normes mondiales en la matière et à affaiblir les principales institutions internationales.
Alors que l'UE considère la Chine à la fois comme un partenaire de coopération, un concurrent économique et un rival systémique, les institutions européennes doivent prendre en compte tous les aspects des actions menées par les autorités chinoises – en particulier les violations croissantes des droits humains commises par la Chine sur son territoire et à l'étranger, ainsi que sa remise en cause active des normes mondiales en matière de droits humains et des institutions internationales qui les garantissent.
Au cours de votre visite, nous vous invitons vivement à réaffirmer l'engagement sans équivoque du Parlement européen en faveur de l'universalité et de l'indivisibilité des droits humains, ainsi que votre volonté d'aborder avec vos homologues les graves violations des droits humains commises par la Chine :
- Appeler à la libération immédiate et inconditionnelle des défenseur⸱ses des droits humains qui ont été placés en détention en raison de leur action légitime, en citant explicitement leurs noms et en faisant écho à la dernière déclaration de l'Union européenne devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies (ONU).
- Conformément à la récente résolution du Parlement européen sur la nouvelle loi chinoise relative à la promotion de l'unité et du progrès ethniques, exhorter vos homologues chinois à abroger cette législation qui porte atteinte aux droits culturels, linguistiques et religieux des Tibétains, des Ouïghours et d'autres groupes ethniques en Chine, et qui risque d'être utilisée pour restreindre les droits à l'étranger.
- Demander aux autorités chinoises de préciser où se trouvent les personnes dont les familles cherchent à obtenir des informations sur leurs proches dans la région ouïghoure, notamment les 40 Ouïghours expulsés de Thaïlande vers la Chine en février 2025, et faire pression pour qu'ils soient autorisés à communiquer librement avec leurs familles.
- Exprimer votre soutien total à la mise en place d'enquêtes internationales indépendantes sur les allégations formulées par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme et le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire concernant d'éventuels crimes contre l'humanité commis par le gouvernement chinois, notamment, mais sans s'y limiter, les crimes visant les Ouïghours et d'autres groupes ethniques non Han.
- Conclure votre visite par une déclaration publique dans laquelle vous exprimez votre solidarité avec toutes les personnes en Chine qui cherchent à exercer, promouvoir et défendre les droits humains, et appeler à la libération immédiate et inconditionnelle des défenseur·ses des droits humains placés en détention en raison de leur action légitime.
À la suite de cette visite, il convient de poursuivre les efforts visant à :
- Veiller à ce que la question des droits humains en Chine reste une priorité dans tous les travaux du Parlement européen, notamment en collaborant avec l'UE et ses États membres afin de mettre en place une approche solide et stratégique vis-à-vis de la Chine, axée sur les droits humains.
- Redoubler d'efforts de toute urgence afin de protéger la société civile indépendante et les défenseur⸱ses des droits humains de Chine ou en exil, et de les consulter véritablement, notamment en adoptant et en assurant le suivi de résolutions d'urgence fermes lorsque des défenseur⸱ses des droits humains sont pris pour cible à cause de leur travail en Chine ou à propos de la Chine.
- Exhorter la Commission européenne à placer les droits humains au cœur de ses débats économiques et politiques, en soulignant comment le modèle économique chinois, peu respectueux des droits, fausse la concurrence, compromet la sécurité économique européenne et nécessite la mise en place de mesures commerciales qui tiennent compte de ses coûts sociaux et environnementaux.
- À l'avenir, il convient de recourir aux pouvoirs de contrôle parlementaire pour garantir que l'UE et ses États membres fondent leur politique à l'égard de la Chine sur une obligation contraignante de diligence raisonnable en matière de droits humains et sur une responsabilité des entreprises susceptible d'être mise en œuvre, et à ce que les droits humains deviennent un critère structurel de la politique commerciale et d'investissement de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine.
Nous avons hâte de vous rencontrer à votre retour afin de discuter plus en détail des mesures concrètes à prendre pour les droits humains en Chine.
- Amnesty International
- China Human Rights Defenders
- Front Line Defenders
- Human Rights Watch
- International Campaign for Tibet
- International Federation for Human Rights (FIDH)
- World Uyghur Congress
1. Voir la lettre commune des ONG à la veille du sommet UE-Chine, 17 juillet 2025 ; NGOs call for suspension of EU-China human rights dialogue as government continues assault on human rights at home and abroad, 13 Juin 2024 ; NGOs urge European Council to keep human rights at the core of EU relations with China, 12 juin 2023 ; The EU must double down on human rights in its relations with China, 5 mai 2023. ︎
